Réponse à Xavier Bertrand suite à l’article Voix du Nord du 25 octobre 2018

Cher Xavier Bertrand,

Depuis bientôt 3 ans, la Maison de la Photographie, son Conseil d’administration, et son directeur, cherchent à dialoguer avec vous sur le projet de la Photographie sur notre territoire.

Ce dialogue n’a pas été possible, simplement parce que vous avez porté votre attention sur des personnalités nouvelles et extérieures à la Région, légitimes certes, mais qui méconnaissent les enjeux de notre territoire, comme son histoire.

Vous choisissez aujourd’hui de nous répondre par voie de presse. C’est un premier pas, nous vous en remercions.

Le dialogue commence.

En revanche, je souhaite apporter des précisions suite à vos affirmations, lors de l’entretien que vous avez bien voulu donner à la Voix du Nord en date du 25/10.

Vous qualifiez notre situation de  “Marigot Politicard” :

Ce “Marigot Politicard”, croyez bien que comme vous, je regrette que la Maison de la Photographie y soit associée. Mais la position de la Région y participe pleinement et entretient une situation ubuesque en continuant de qualifier de “politique” un dossier qui ne devrait être que “culturel”.

Les élus lillois d’opposition vous ont interpellé sur le sujet. Les acteurs économiques membres de notre CA aussi. Les acteurs culturels et photographes se sont exprimés. Ils ne sont pas écoutés. Serait-il possible que vous n’écoutiez  que le Maire de Lille ?

En effet, vous avez été très clairement interpellé par les élus de l’opposition lilloise, Thierry Pauchet, François Kinget, et Caroline Vannier (qui est aussi élue régionale) qui a priori sont de votre “bord” politique,  et qui vous ont demandé de soutenir fortement et équitablement la Maison de la Photographie.

Vous aviez juste répondu que l’absence de financement de la DRAC justifiait le non-financement de la Région. Une telle réponse était-elle à la hauteur de l’importance à vos yeux du sujet photographique?

La Drac est revenue en juillet dans le financement de la Maison Photo, ce qui n’a pourtant pas modifié votre position.

Le Président du Conseil Général du Nord a lui aussi décidé de revenir en fonctionnement dans le budget de la Maison de la Photographie en 2018. Il a proposé l’organisation d’une table ronde des collectivités pour le futur de notre association.  Proposition saine et pleine de bon sens. Malheureusement, cette table ronde a été organisée dans la précipitation par la Ville de Lille, qui a fait en sorte de ne pas nous y convier ni nous en informer, et de complètement l’instrumentaliser, pour se faire soutenir sur son retrait de subvention de Janvier. Elle a même réussi à faire signer à votre Vice-Président, un courrier qui dit que la Région obéit et suit les décisions culturelles de la Mairie….


Vous ne souhaitez pas que votre Institut prenne une balle perdue ?

Je peux comprendre que vous protégiez ce projet qui vous tient tant à coeur, mais en tant que Président de Région, vous devez en toute équité vous préoccuper qu’aucune autre structure de votre territoire ne se prenne de “balle perdue” non plus, et a fortiori celles qui ont la légitimité des années et du travail accompli pour l'intérêt général depuis plus de 20 ans.

Combien de balles perdues a dû essuyer la Maison de la Photographie par votre manque de soutien, et depuis votre décision de créer le projet régional ?

Vous vous battez pour l’emploi, mais pourquoi personne à la Région ne s’est préoccupé des licenciements que nous avons dû opérer pour survivre ? pourquoi personne ne nous a par exemple proposé de reclasser des salariés dans votre nouveau projet ?


Vous souhaitez  « Qu’on ne vienne pas mêler l’institution régionale aux différends locaux” ?

Je lis encore que vous entendez “préserver votre cher projet d’Institut européen de la photographie”

Mais ce projet d’Institut, s’il voit le jour, n’est pas seulement votre projet, c’est le projet de tous, des élus, tout comme celui des acteurs culturels, des artistes, des photographes, et de tous les habitants des Hauts-de-France.

Ce n’est pas votre projet contre le nôtre ! Cette Maison de la Photographie que vous ne soutenez pas, et où vous n’êtes jamais venu, est aussi La Maison de tous les élus et des habitants des Hauts-de-France.

Elle appartient à tous, et donc aussi à vous Monsieur le Président.

Ce projet existe depuis 21 ans, c’est aussi un projet régional, même si le lieu a émergé sur des financements privés. Son action culturelle, tant par la Maison Photo que par le festival Transphotographiques, s’est construite dans le temps avec un financement public, issu de l’ensemble des collectivités territoriales et surtout de la Région Nord Pas de Calais. Il appartient à son territoire !

La Région, avec les années, s’est donc naturellement dotée de plusieurs outils dédiés à la photographie sur son territoire, dont deux en particulier à Lille, que sont le Festival Transphotographiques et la Maison de la Photographie.

Ils offrent au public euro-régional la rencontre avec les oeuvres de grandes personnalités de notre patrimoine national photographique, comme récemment Etienne Daho, Sabine Weiss, Frank Horvat ou Yann Arthus Bertrand. Ils valorisent aussi les photographes régionaux, qui depuis 20 ans ont ici un espace de diffusion essentiel à l’échange entre les artistes et leur territoire.

Et il faudrait maintenant mépriser tout ce travail, jeter à la poubelle ces deux outils et en créer des nouveaux, uniquement parce que le Maire de Lille règle ses comptes ?  Ou juste parce ce que le nouveau projet de biennale et d’Institut ne peut pas s’épanouir en étant comparé à notre festival et à notre maison, qui font des choses formidables depuis toujours avec très peu d’argent public ?


Je lis encore dans la VDN, que vous ne laisserez pas “votre projet être abîmé par les querelles de clocher Lilloises”…

Mais, avec tout le respect que je vous dois, votre projet est déjà abimé.

Comment un projet peut-il être beau quand il se construit sur la disparition orchestrée d’un autre ?

Ce ne sera pas une belle histoire, convenez-en.

Je veux vous rappeler mes premiers courriers, où je vous proposais des complémentarités, et du soutien avec beaucoup d'enthousiasme. Je vous proposais d’être derrière vous, et j’y suis toujours prêt, mais le dialogue n’a pas été possible pour le moment.

Quant aux querelles de clocher, c’est justement cette mauvaise alliance avec le Maire de Lille, qui, si elle perdurait, laisserait des traces négatives pour tous, à commencer pour notre territoire des Hauts de France.


Je ne peux pas vous laisser dire que “vous nous auriez financé un certain nombre de projets “

Vous avez dû être mal renseigné par les services : à l’issue de cette table ronde de février, la Région a décidé uniquement de voter uniquement 30 000 euros de subvention pour les Transphotographiques, c’est presque 10 fois moins que le financement que nous avions de la Région par le passé. Sur ces 30 K€ et alors que le festival est terminé depuis deux mois, nous n’avons obtenu que 9000€ pour le moment.

Toutes nos autres demandes ont été rejetées.

Vous savez très bien qu’on ne peut pas faire vivre une structure culturelle avec des budgets aussi bas.

Pour rappel, le CRP de Douchy les Mines peut compter sur 300 000 € de la Région pour pouvoir remplir ses missions. La Région a déjà fait voter sur les 12 derniers mois près de 2 millions d’euros de subvention pour votre Institut qui n’existe pas encore, et qui a juste organisé en octobre un colloque “professionnel” de 3 jours, où les photographes de la région n’étaient pas invités.

En quoi l’organisation d’un tel colloque est-il important pour les habitants des Hauts de France ?


Je lis encore “Un territoire où s’inscrit naturellement la Maison de la photo. À condition que ses responsables  viennent aux réunions, a cinglé Xavier Bertrand”.

Encore une fois, peut-être que vos collaborateurs vous font remonter de mauvaises informations ?

Les responsables de la Maison Photo n’ont pas manqué un seul temps fort de présentation de l’Institut, ni une seule des réunions du comité d’experts de l’institut.

Notre CA a été représenté à vos conférences de presse à Arles en juillet 2017 et en juillet 2018 suite à votre invitation. Notre administratrice a assisté à chacune des réunions du Comité (Arles, Lille, Douchy, Beauvais) ; elle est très compétente, légitime et reconnue ; elle a travaillé pour Lille 2004, pour Lille Design, pour le World Forum, etc.. Nous ne vous avons pas envoyé une stagiaire !

Je tiens à votre disposition les comptes- rendus détaillés de chaque réunion, et vous y  lirez que nous n'étions pas consultés pour réellement préfigurer ce que sera l’institut… En tous cas pas pour les choix stratégiques, puisque par exemple, nous n’avons même pas été invités à visiter les lieux pressentis avant le choix.

Relayer de mauvaises informations, c’est alimenter justement ce que vous qualifiez de “Marigot Politicard”.

Laissons ces postures à d’autres….


Ce paysage culturel et photographique des Hauts-de-France, nous en faisons partie, et depuis 20 ans nous y avons fortement contribué. Nous vous proposons encore une fois d’être à vos côtés pour le faire évoluer et transformer votre projet en un véritable moteur, fédérateur et collectif,  au service des habitants de la Région. Pour cela, nous demandons respect et soutien.

Vous revendiquez que ce futur projet d’Institut ait une ambition nationale? Et bien chiche ! Nous vous y aiderons à notre modeste mesure, bien au delà des enjeux pour la seule Maison Photo.

A titre personnel, je me sens concerné par l’avenir de la Photographie au niveau régional et national.

Ce n’est que mon humble avis mais il commence à être partagé par d’autres personnes représentatives de la Photographie en France. Aujourd’hui, la forme que vous avez décidée de donner à votre ambition pour la Photographie, n’a pas la légitimité locale ni nationale que vous souhaitiez et que mériterait ce projet.

Il y a bien des chantiers de travail à ouvrir pour aider cette photographie française qui se porte mal aujourd’hui ;  sur la conservation bien sûr, mais aussi sur la diffusion, ou encore sur la rémunération des artistes. C’est ces chantiers que vous devez attaquer si vous souhaitez vraiment marquer de votre empreinte le paysage photographique français.

Pour que ce projet soit grand et beau, il doit impérativement recueillir cette double légitimité. Je vous adresserai les réflexions partagées par les experts qui nous entourent, et qui pourraient tout à fait enrichir le projet engagé pour la Photographie en France.


Olivier Spillebout

Maison de la Photographie Lille, le 27 octobre 2018


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